Léon Marchand : a-t-il encore le droit de se taire ?

Invité du 20 Heures de France 2 dimanche 30 août, Léon Marchand pensait surtout parler de natation, de son été réussi et de la série documentaire qui lui est consacrée. Mais une question sur la politique a suffi à déclencher une polémique qui dépasse largement le sport.

Interrogé sur les prises de position publiques de Victor Wembanyama ou Kylian Mbappé, le quadruple champion olympique a choisi la prudence. Il a expliqué préférer rester à distance de ces sujets pour le moment, estimant ne pas se sentir suffisamment légitime pour s’exprimer sans risquer de « dire n’importe quoi ». Dans le même temps, il reconnaît que les sportifs de son niveau peuvent avoir un rôle important dans les années à venir.

Une réponse plutôt mesurée. Elle n’a pourtant pas empêché une vague de critiques et d’insultes sur les réseaux sociaux dans les heures qui ont suivi.

Ne rien dire devient-il déjà une prise de position ?

C’est finalement la question la plus intéressante derrière cette polémique.

Léon Marchand n’a défendu aucun candidat. Il n’a rejeté aucune idée. Il n’a même pas demandé aux autres sportifs de rester silencieux.

Il a simplement expliqué ne pas se sentir suffisamment armé pour prendre publiquement position sur des sujets politiques.

Et pourtant, ce refus de parler a lui-même été interprété politiquement.

C’est un phénomène de plus en plus fréquent pour les personnalités très populaires. Dès lors qu’un artiste, un sportif ou un influenceur dispose d’une audience importante, une partie du public attend de lui qu’il utilise cette visibilité pour défendre certaines causes.

Le problème, c’est qu’on finit alors par considérer le silence comme suspect.

Être champion ne rend pas expert de tout

Léon Marchand possède une influence considérable. Depuis les Jeux olympiques de Paris, il est devenu l’un des sportifs français les plus connus et les plus admirés.

Mais être excellent dans une piscine ne donne pas automatiquement une expertise particulière sur l’économie, l’immigration, les institutions ou les relations internationales.

En reconnaissant ne pas se sentir légitime, le nageur dit finalement quelque chose d’assez rare dans l’espace médiatique : il ne sait pas suffisamment pour avoir envie de donner publiquement son avis.

On peut regretter qu’une personnalité aussi suivie ne s’engage pas davantage. On peut aussi considérer qu’il est plus responsable d’assumer ses limites que de produire une opinion simplement parce qu’un micro est tendu.

Les deux lectures peuvent s’entendre.

Ce qui paraît plus difficile à défendre, c’est l’idée qu’une personnalité devrait obligatoirement choisir un camp sous peine d’être immédiatement soupçonnée de lâcheté ou de complaisance.

Les sportifs sont de plus en plus attendus sur le terrain politique

La question posée à Léon Marchand ne sort évidemment pas de nulle part.

Ces dernières années, plusieurs grandes figures du sport français ont pris position sur des sujets politiques ou sociétaux. Kylian Mbappé avait notamment appelé les jeunes à voter lors des élections législatives de 2024, tandis que Victor Wembanyama assume davantage aujourd’hui le fait de s’exprimer lorsqu’un sujet lui tient à cœur.

Léon Marchand ne critique d’ailleurs pas cette démarche. Au contraire, il estime lui-même que les sportifs pourraient avoir un rôle important dans les prochaines années.

Sa position semble donc moins être un refus définitif de parler politique qu’une volonté de choisir le moment où il estimera avoir quelque chose de suffisamment solide à dire.

La célébrité impose-t-elle une responsabilité ?

C’est là que le débat devient moins simple.

Une personnalité suivie par des millions de personnes possède forcément une capacité d’influence. Il n’est donc pas absurde de lui demander ce qu’elle pense de certains grands sujets de société.

Mais demander n’est pas obliger.

Léon Marchand a vu sa notoriété exploser en très peu de temps. Il doit déjà apprendre à gérer l’exposition permanente, la curiosité autour de sa vie privée et les attentes qui accompagnent son nouveau statut.

Il semble assez logique qu’il cherche aussi à définir progressivement les limites de sa parole publique.

Le droit de parler implique aussi celui de ne pas parler

La liberté de s’engager politiquement est importante pour les sportifs comme pour n’importe quel citoyen.

Mais elle perd une partie de son sens si elle devient une obligation.

Léon Marchand pourra peut-être prendre position demain, ou décider de ne jamais le faire publiquement. Ce choix pourra être apprécié ou critiqué.

En revanche, transformer immédiatement sa prudence en faute morale paraît excessif.

La polémique dit finalement moins de choses sur Léon Marchand que sur l’époque : nous demandons de plus en plus aux personnalités publiques d’avoir un avis sur tout.

Parfois, reconnaître qu’on ne se sent pas encore légitime est peut-être aussi une réponse.

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