La Frappe : peut-on reconstruire une famille quand le passé revient ?
03 sept. 2026Sorti en salles ce mercredi 2 septembre, La Frappe est le premier long-métrage de Julien Gaspar-Oliveri. Le film suit Enzo, 19 ans, et sa sœur Carla, 20 ans, livrés à eux-mêmes depuis plusieurs années. Quand leur père Anthony sort de prison, Enzo y voit la possibilité de reformer une famille. Carla, elle, refuse catégoriquement cette idée.
À partir de là, La Frappe ne raconte pas simplement le retour d’un père. Il pose une question beaucoup plus dérangeante : suffit-il de vouloir recommencer pour réparer ce qui a été détruit ?
Deux enfants, deux façons de survivre
Enzo veut croire au retour à la normale.
Il accueille son père, tente de lui redonner une place et s’accroche à l’idée qu’une famille pourrait renaître après des années de séparation.
Carla réagit exactement à l’inverse.
Pour elle, certaines blessures rendent toute reconstruction impossible. Elle refuse de revoir Anthony et menace même de couper les ponts avec son frère s’il continue à vouloir les rapprocher.
C’est cette opposition qui donne au film une grande partie de sa force.
Les deux personnages ont vécu la même histoire familiale, mais ils n’en tirent absolument pas les mêmes conclusions. L’un veut réparer. L’autre veut se protéger.
Et aucun des deux choix n’est présenté comme simple.
Le retour du père ne suffit pas à faire une famille
Anthony, joué par Bastien Bouillon, sort de prison avec tout le poids de son passé.
Enzo tente pourtant de recréer autour de lui quelque chose qui ressemble à une vie normale : il l’accueille, lui trouve une place dans son quotidien et cherche à rétablir les liens.
Mais le film rappelle progressivement qu’une famille ne se reconstruit pas uniquement parce que l’un de ses membres en a décidé ainsi.
Le passé reste là.
La Région Île-de-France, qui a soutenu le film, présente d’ailleurs La Frappe comme une œuvre qui aborde le retour à la surface de violences sexistes et sexuelles intrafamiliales plusieurs années après les faits.
Derrière le désir de réconciliation se cache donc quelque chose de beaucoup plus lourd.
Quand vouloir pardonner devient aussi une fuite
Enzo est au centre du film.
Sa volonté de retrouver son père peut apparaître comme un geste d’amour, mais aussi comme une manière de ne pas affronter complètement ce qui s’est passé.
Le réalisateur Julien Gaspar-Oliveri a expliqué avoir longtemps évité la question du père et de l’inceste dans son écriture avant de décider finalement de l’affronter directement avec ce film.
C’est peut-être là que La Frappe devient plus intéressant qu’un simple drame familial.
Il ne demande pas seulement si le pardon est possible.
Il demande aussi pourquoi certaines personnes ont tellement besoin de pardonner, parfois avant même d’avoir réussi à regarder leur propre histoire en face.
Un premier film déjà remarqué
La Frappe a été présenté à la Semaine de la critique du Festival de Cannes 2026 avant de passer par le Festival d’Angoulême. Le film y a notamment été remarqué pour sa mise en scène et pour l’interprétation de ses acteurs.
La réalisation est volontairement nerveuse, avec une caméra très proche des personnages et un motif de vitesse qui traverse le récit.
Ce choix accompagne bien Enzo, qui semble toujours avancer avant que son passé ne parvienne à le rattraper.
Le film de la semaine
Pour lancer cette nouvelle rubrique cinéma, La Frappe est un choix intéressant parce qu’il ne repose pas sur un concept spectaculaire.
Son sujet est au contraire très intime : ce que deviennent les liens familiaux lorsque quelque chose de grave les a brisés.
Enzo veut croire qu’un père peut revenir et qu’une famille peut reprendre là où elle s’était arrêtée.
Carla rappelle qu’on ne peut pas toujours reconstruire sur les mêmes fondations.
Entre les deux, La Frappe laisse finalement au spectateur la question la plus difficile : pardonner permet-il réellement d’avancer, ou peut-il parfois empêcher de regarder ce qui s’est vraiment passé ?
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