Bolloré investit dans Frontières : jusqu’où s’étend son empire médiatique ?
04 sept. 2026Un nouveau média rejoint l’écosystème de Vincent Bolloré.
Ce vendredi 4 septembre, Lagardère Media News a annoncé son entrée au capital de Frontières, média fondé par Erik Tegnér et classé à l’extrême droite par plusieurs médias et agences de presse. La participation serait de 25 %, tandis que la société d’Erik Tegnér reste l’actionnaire principal.
Pour Frontières, l’opération est présentée comme un « tournant majeur ». Pour le paysage médiatique français, elle pose surtout une autre question : jusqu’où Vincent Bolloré souhaite-t-il encore étendre son influence ?
Frontières change de dimension
Créé en 2021 sous le nom de Livre Noir avant de devenir Frontières, le média s’est développé principalement sur Internet, avec une ligne éditoriale très marquée autour de l’immigration, de la sécurité et de l’identité.
Erik Tegnér voit dans l’arrivée de Lagardère un moyen d’accélérer son développement, notamment en matière d’investigation et de présence sur le terrain.
Un nouveau rendez-vous hebdomadaire baptisé L’Indiscret doit d’ailleurs être lancé dès dimanche, avec l’ambition de traiter les coulisses de la politique, les réseaux d’influence et l’économie.
L’arrivée d’un groupe puissant apporte donc à Frontières quelque chose qu’un média numérique indépendant possède rarement au même niveau : des moyens, un réseau et des possibilités de synergies avec d’autres antennes ou titres.
Un nouvel élément dans un ensemble déjà très large
Cette entrée au capital ne tombe pas dans un paysage vide.
Autour de Vincent Bolloré gravitent déjà plusieurs médias très influents : CNews, Europe 1 ou encore le Journal du Dimanche font partie d’un ensemble qui a profondément changé ces dernières années. Reuters souligne que cette influence médiatique grandit à l’approche de la présidentielle de 2027.
L’investissement dans Frontières est différent : il ne s’agit pas de reprendre un grand média historique, mais d’accompagner la croissance d’un acteur numérique beaucoup plus récent et particulièrement présent auprès d’un public jeune et engagé politiquement.
C’est probablement ce qui rend cette opération intéressante.
Investissement économique ou stratégie d’influence ?
Il serait simpliste de considérer que tout investissement dans un média répond uniquement à une volonté politique.
Frontières a construit sa propre audience et Lagardère peut aussi y voir un média numérique capable de croître rapidement.
Mais difficile d’ignorer le contexte.
La présidentielle approche, CNews est devenue une chaîne d’information très regardée et plusieurs milliardaires français renforcent parallèlement leurs positions dans les médias. Reuters évoque une concurrence croissante entre grandes fortunes pour peser dans le paysage médiatique et le débat public.
L’enjeu dépasse donc le seul cas de Frontières.
Il concerne la concentration des médias et la capacité d’un petit nombre de propriétaires à contrôler un nombre croissant de titres, de radios, de chaînes et désormais de médias numériques.
Frontières garde toutefois son autonomie capitalistique
Un point mérite d’être précisé : Lagardère Media News ne prend pas le contrôle total du média.
Avec 25 % du capital, le groupe devient un partenaire important, mais Erik Tegnér et sa société restent majoritaires.
Cela signifie que Frontières conserve, au moins sur le papier, sa propre direction et son identité éditoriale.
La vraie question sera donc de voir comment cette alliance se traduira concrètement : davantage de moyens ? Plus de visibilité ? Des collaborations avec Europe 1, CNews ou le JDD ? Ou simplement un soutien financier ?
Une opération à suivre de près
L’entrée de Lagardère au capital de Frontières est peut-être modeste en pourcentage.
Elle est beaucoup moins anodine symboliquement.
Elle montre qu’un média numérique très marqué politiquement peut désormais attirer un grand groupe traditionnel et intégrer un ensemble déjà puissant.
À quelques mois d’une présidentielle qui se jouera aussi sur les écrans, les radios et les réseaux sociaux, ce rapprochement mérite donc d’être observé.
Pas seulement pour ce qu’il change aujourd’hui chez Frontières.
Mais pour ce qu’il dit de l’évolution du paysage médiatique français.
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