Audiovisuel public : le pluralisme est-il devenu une stratégie ?

Depuis quelques jours, le mot revient partout : pluralisme.

France Inter assume l’arrivée de Charles Sapin, directeur adjoint de Valeurs actuelles, pour un éditorial politique le dimanche. France 2 a recruté Eugénie Bastié dans L’Heure de vérité. Et Franceinfo TV doit également accueillir Charles Sapin dans un débat hebdomadaire. Pris séparément, chacun de ces choix peut être défendu au nom de la diversité des opinions. Mis bout à bout, ils dessinent pourtant une stratégie beaucoup plus large. (leparisien.fr)

France Inter assume clairement son choix

La polémique la plus visible concerne France Inter.

Les personnels de Radio France ont demandé le retrait de Charles Sapin et voté le principe d’une grève, estimant que les valeurs portées par Valeurs actuelles ne sont pas compatibles avec celles du service public. (Le Monde.fr)

La direction ne recule pourtant pas.

Sibyle Veil, présidente de Radio France, revendique au contraire une volonté assumée d’ouvrir davantage l’antenne à des sensibilités différentes. Elle rappelle que France Inter accueille aussi des éditorialistes issus d’autres horizons, de Libération à Alternatives économiques, et défend une obligation renforcée d’impartialité pour le service public. (Le Monde.fr)

Autrement dit : pour Radio France, le pluralisme ne consiste pas seulement à équilibrer les invités. Il doit désormais être visible jusque dans les signatures régulières de l’antenne.

France Télévisions suit la même logique

Le mouvement ne concerne pas uniquement la radio.

Eugénie Bastié, journaliste au Figaro et régulièrement présente sur des antennes du groupe Bolloré, a rejoint L’Heure de vérité sur France 2. Son arrivée avait déjà suscité des critiques internes. (leparisien.fr)

Et Charles Sapin ne devrait pas s’arrêter à France Inter : selon Le Parisien, il doit également intervenir chaque dimanche dans Le Duel sur Franceinfo TV. (leparisien.fr)

Difficile, dans ces conditions, de parler de simples recrutements isolés.

À l’approche de la présidentielle de 2027, l’audiovisuel public semble vouloir montrer qu’il est capable d’accueillir des voix conservatrices ou très à droite beaucoup plus régulièrement qu’auparavant.

Rééquilibrage ou réponse aux critiques ?

C’est là que le débat devient intéressant.

Depuis plusieurs années, France Télévisions et Radio France sont régulièrement accusées par une partie de la droite de manquer de pluralisme. Le service public fait également l’objet d’une pression politique accrue alors que son avenir institutionnel et son financement sont régulièrement discutés.

Dans ce contexte, ouvrir davantage les antennes à des sensibilités longtemps jugées sous-représentées peut apparaître comme une réponse logique.

Mais certains salariés y voient au contraire une forme de concession à ceux qui attaquent régulièrement l’audiovisuel public.

La frontière est fine.

Représenter davantage de sensibilités politiques peut renforcer la crédibilité du service public. Donner l’impression que certains recrutements servent principalement à répondre à des accusations extérieures peut, au contraire, nourrir le soupçon d’une stratégie défensive.

Le pluralisme ne peut pas être une simple addition

Le débat ne devrait pourtant pas se résumer à compter le nombre de chroniqueurs de gauche ou de droite.

Le véritable pluralisme repose aussi sur la diversité des sujets, des invités, des territoires, des expériences sociales et des manières de traiter l’information.

Un média peut parfaitement aligner des éditorialistes aux opinions opposées tout en restant pauvre dans la représentation du pays réel.

C’est probablement le principal défi de l’audiovisuel public aujourd’hui : élargir ses voix sans transformer ses antennes en confrontation permanente entre camps politiques.

Une année électorale sous surveillance

La présidentielle de 2027 rend évidemment chaque décision plus sensible.

CNews est devenue la première chaîne d’information en continu en audience et assume une ligne éditoriale très marquée. Dans le même temps, France Inter reste la première radio de France. La bataille autour de la manière dont l’actualité politique est racontée est donc devenue centrale. (Reuters)

France Télévisions et Radio France semblent avoir choisi leur réponse : montrer davantage la diversité idéologique à l’antenne.

Reste à savoir si le public y verra une ouverture bienvenue ou une opération destinée avant tout à calmer les critiques.

Car le pluralisme ne se décrète pas seulement dans une grille de rentrée.

Il se juge aussi, chaque jour, dans la façon dont une rédaction traite ceux avec lesquels elle n’est pas forcément d’accord.

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